Le 8 mai, les Français ont l’habitude de voir le calendrier leur offrir une respiration : une cérémonie, un déjeuner qui s’étire, parfois un pont soigneusement négocié avec le vendredi. Mais l’idée de supprimer ce jour férié a récemment fait irruption dans le débat public. De quoi faire grincer quelques réveils et réveiller les agendas.
Alors, le 8 mai est-il réellement supprimé ? Qui a évoqué cette mesure, que changerait-elle pour les salariés et où en est la loi ? Avant de ranger le jour férié au musée des souvenirs, voici les faits — sans confondre annonce politique et changement déjà applicable.
Pourquoi parle-t-on de supprimer le 8 mai ?
À l’été 2025, le gouvernement de François Bayrou a présenté une piste destinée à dégager de nouvelles recettes pour les finances publiques : faire travailler davantage les Français, notamment en supprimant deux jours fériés. Les dates citées étaient le lundi de Pâques et le 8 mai.
L’argument avancé était économique. Deux journées travaillées en plus devaient contribuer à financer des dépenses, en particulier dans le domaine de la solidarité et du soutien aux personnes âgées. En clair, il s’agissait de transformer des jours chômés en journées d’activité, avec une contribution supplémentaire attendue du monde du travail.
La proposition a aussitôt fait réagir. Pour les uns, il fallait participer à l’effort collectif ; pour les autres, les salariés ne pouvaient pas devenir le distributeur automatique d’un budget sous pression. Et puis, supprimer le 8 mai ne revient pas seulement à déplacer une case sur un calendrier : cette date porte une mémoire nationale bien vivante.
Le 8 mai est-il déjà supprimé ?
Non : une annonce politique ne suffit pas à effacer un jour férié. Le 8 mai figure parmi les fêtes légales prévues par le Code du travail. Pour changer cette règle, il faut un texte adopté selon la procédure législative. Tant qu’une réforme n’est pas entrée en vigueur, les règles existantes continuent de s’appliquer.
Autrement dit, il faut distinguer trois choses : une proposition, un débat parlementaire et une loi applicable. Les titres de presse peuvent parfois passer de la première à la troisième en moins de temps qu’il n’en faut pour préparer un café. En droit, le calendrier est moins pressé.
La mesure évoquée en 2025 n’a donc pas, à elle seule, supprimé le 8 mai. Pour connaître les règles applicables à une année précise, il faut se référer aux textes en vigueur et aux informations officielles publiées par les pouvoirs publics. Les projets budgétaires peuvent évoluer, être amendés ou ne pas être adoptés.
Que célèbre-t-on le 8 mai ?
Le 8 mai commémore la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie en Europe, en 1945, et la fin de la Seconde Guerre mondiale sur le continent. La capitulation allemande a été signée le 7 mai à Reims, puis ratifiée le lendemain à Berlin. La date du 8 mai est ainsi devenue un repère essentiel de la mémoire française et européenne.
Chaque année, des cérémonies rendent hommage aux combattants, aux résistants et aux victimes du conflit. Le président de la République peut présider une cérémonie à l’Arc de triomphe, où une gerbe est déposée devant la tombe du Soldat inconnu. Dans les villes et les villages, élus, anciens combattants, familles et habitants se rassemblent souvent devant les monuments aux morts.
Ce n’est donc pas un jour férié choisi au hasard parce que le printemps manquait d’un jeudi libre. Il porte une histoire, des noms et des silences. Pour beaucoup, le 8 mai est à la fois un temps de commémoration et un moment de transmission entre générations.
Un jour férié, mais pas toujours un jour chômé
En France, « jour férié » et « jour non travaillé » ne sont pas toujours synonymes. Le Code du travail désigne le 8 mai comme une fête légale, mais les règles de repos peuvent dépendre de l’activité, de la convention collective ou d’accords applicables dans l’entreprise. Certains salariés travaillent donc les jours fériés, selon leur secteur et leur organisation.
Le 1er mai bénéficie d’un régime particulier : il est en principe chômé, sauf exceptions liées à des activités qui ne peuvent pas interrompre leur fonctionnement. Les autres jours fériés, dont le 8 mai, ne sont pas automatiquement chômés pour tous les salariés. Dans de nombreuses entreprises, un accord ou un usage prévoit toutefois le repos.
La rémunération dépend elle aussi des règles applicables. Il n’existe pas une majoration nationale automatique pour chaque heure travaillée le 8 mai. Les dispositions de la convention collective, d’un accord d’entreprise ou du contrat peuvent prévoir des garanties plus favorables. Avant de compter sur une journée payée double, mieux vaut donc vérifier les textes qui concernent son emploi : la surprise est plus agréable quand elle est confirmée.
Ce que la suppression changerait pour les salariés
Si le 8 mai cessait d’être un jour férié, son traitement dépendrait du contenu précis de la réforme. Le jour pourrait devenir une journée ordinaire de travail, avec des règles définies par la loi et, éventuellement, par des accords professionnels. Les horaires, la rémunération et les possibilités de récupération devraient être examinés à la lumière du texte adopté.
Pour un salarié qui travaille habituellement du lundi au vendredi, la disparition d’un jour chômé pourrait signifier une journée supplémentaire de présence au travail. Pour une personne déjà mobilisée le 8 mai, les conséquences pourraient être différentes : tout dépendrait des éventuelles compensations prévues. Et pour les secteurs ouverts les jours fériés — hôpitaux, transports, commerces, sécurité — l’effet ne serait pas forcément le même que dans un bureau fermé.
Les parents devraient également regarder le calendrier scolaire et les solutions de garde. Une journée qui change de statut peut bouleverser l’organisation familiale, surtout lorsque l’école est fermée ou que les transports fonctionnent selon un horaire particulier. Le calendrier n’est jamais qu’un tableau jusqu’au jour où il faut trouver quelqu’un pour garder les enfants.
Que se passerait-il pour les commémorations ?
Supprimer un jour férié ne signifierait pas nécessairement supprimer les cérémonies du 8 mai. La date commémorative pourrait continuer d’être célébrée, même si elle ne donnait plus automatiquement lieu à une journée de repos. C’est une distinction importante : le calendrier du travail et le calendrier mémoriel ne sont pas la même chose.
Des cérémonies pourraient rester organisées dans les communes, avec des dépôts de gerbes et des discours. Mais leur déroulement serait susceptible de changer si le 8 mai tombait un jour travaillé pour une partie de la population. La participation des habitants, des associations d’anciens combattants et des élèves dépendrait alors davantage des horaires et des choix locaux.
Cette question explique en partie l’émotion suscitée par la proposition. Pour certains, retirer le repos associé à cette date reviendrait à banaliser une journée de mémoire. Pour d’autres, l’hommage peut être maintenu sans que toute la population bénéficie d’un jour chômé. Le débat touche donc autant à l’organisation du travail qu’à la manière dont une société transmet son histoire.
Comment vérifier les règles qui vous concernent
Si vous devez organiser un congé, un déplacement ou une journée de garde, ne vous fiez pas uniquement à une annonce ou à un titre aperçu entre deux notifications. Vérifiez d’abord si une loi a été publiée et si elle concerne l’année visée. Le site officiel de l’administration française et les textes disponibles sur Légifrance permettent de consulter les règles en vigueur.
Pour connaître les modalités dans votre entreprise, consultez aussi votre convention collective, les accords internes et les informations communiquées par votre employeur. En cas de doute sur la rémunération ou le repos, les représentants du personnel ou le service des ressources humaines peuvent préciser les dispositions applicables.
- Le 8 mai est actuellement une fête légale inscrite dans le Code du travail.
- La proposition évoquée en 2025 ne constituait pas, à elle seule, une suppression effective.
- Un jour férié n’est pas automatiquement chômé pour tous les salariés.
- Les règles de travail et de rémunération peuvent dépendre de la convention collective ou d’accords spécifiques.
- Pour une année donnée, il faut vérifier les textes officiellement en vigueur.
Un calendrier qui reste à surveiller
La discussion autour du 8 mai rappelle qu’un jour férié n’est jamais seulement un carré rouge sur un calendrier. C’est du temps libre, une organisation familiale, parfois un pont, mais aussi un rendez-vous avec l’histoire. Le supprimer — si une telle décision était adoptée — aurait donc des conséquences qui dépasseraient largement la question de savoir si l’on travaille un jeudi.
Pour l’instant, le point essentiel est simple : la proposition de supprimer le 8 mai ne vaut pas loi. La date conserve son statut de fête légale tant qu’un texte applicable ne vient pas le modifier. En attendant, les cérémonies continuent de rappeler ce que le calendrier, lui, ne peut pas raconter tout seul : derrière ce jour de mai se trouve la fin d’une guerre, et la mémoire de millions de vies bouleversées.
